En tant que parent, il est parfois embêtant de savoir ce que notre enfant « devrait » être capable de faire de façon autonome dans ses soins personnels. Évidemment, chaque enfant est différent et son autonomie variera grandement en fonction de la fréquence à laquelle il a été exposé aux différentes activités.

Souvent, les autres obligations nous amènent à vouloir « gagner du temps » lors des routines et « faire pour l’enfant » plutôt que de l’encourager à le faire par lui-même. On ne se le cachera pas, laisser l’enfant manger seul, par exemple, peut être beaucoup plus long… Or, bien que l’alimentation, l’habillage et l’hygiène nous semblent être relativement « faciles » et se faire « automatiquement », ils représentent des défis significatifs pour quelqu’un qui n’y a jamais été exposé, soit votre enfant. Ce qui semble acquis pour nous demandera un apprentissage pour l’enfant. Puis,  comme tout nouvel apprentissage, l’enfant devra s’y entraîner, se pratiquer. 

Ainsi, les lignes directrices ci-dessous ne visent pas à différencier ce qui est « normal » de ce qui est anormal, mais plutôt à vous fournir des lignes directrices afin de savoir pour quelles activités il est pertinent d’encourager l’enfant à participer, selon son âge. Brièvement, avant l’âge de 1 an, l’acquisition graduelle de l’autonomie s’illustre surtout au niveau de l’alimentation, puis les habiletés à l’habillage et à l’hygiène se développeront ensuite.

Entre 6 mois et 8 mois

Lors de l’alimentation, l’enfant peut tranquillement commencer à tenir seul son biberon. Il pourra boire à un verre que l’on tient pour lui. À cet âge, l’enfant pourra démontrer un intérêt pour les ustensiles, mais ceux-ci représenteront davantage un jouet, tentant seulement de les tenir dans sa main. Il pourra progressivement prendre des morceaux de nourriture avec ses mains et les porter à sa bouche. Cette exploration des ustensiles et de la nourriture avec les mains est importante au développement des habiletés futures.

Entre 9 mois et 1 an

L’enfant peut porter seul un verre ou une tasse avec couvercle à sa bouche, mais le contrôle est sous-optimal. Il peut manger aisément avec ses doigts et commencer à porter la cuillère à sa bouche, bien que le geste soit maladroit. La préhension de la cuillère est sous-optimale (ex. sur la photo).

Quelques astuces pour faciliter l’autonomie lors de l’alimentation :

  • Utiliser des plats ventouses qui ne bougent pas durant le repas ;
  • Utiliser des ustensiles avec un manche confortable pour la main de l’enfant. Un manche trop long, trop gros ou trop étroit peut rendre difficile son utilisation.

Entre 1 an et 18 mois

La propreté à l’utilisation de la cuillère s’améliore graduellement. La fourchette peut être introduite afin de stimuler l’enfant à piquer certains aliments et les porter à sa bouche.

Au niveau de l’habillage, l’enfant collaborera davantage, par exemple en tendant les bras et les jambes. Il peut également enlever quelques vêtements s’il le désire (ex. chapeau, bas, etc.). Vers 18 mois, l’enfant peut enlever son pantalon s’il est descendu en bas des hanches et peut parfois manipuler une fermeture éclair (si les deux parties sont réunies à la base).

Vers 2 ans

En ce qui a trait à l’alimentation, l’enfant peut manger de façon plus autonome bien qu’il nécessite parfois de l’aide pour compléter le repas.

À l’habillage, il peut enlever des vêtements plus aisément et tenter de s’habiller avec aide et supervision. Il risque de faire des erreurs (mettre deux pieds dans la même jambe de pantalon, par exemple).

À cet âge, l’enfant peut également être encouragé à participer pour laver certaines parties du corps. Il peut aussi utiliser la brosse à dents, bien qu’une vérification par l’adulte soit suggérée ensuite.

Vers 3 ans

À l’alimentation, la propreté s’améliore et la prise des ustensiles est davantage mature. Voici un petit vidéo expliquant une stratégie intéressante pour enseigner à l’enfant à bien tenir sa cuillère : https://www.youtube.com/watch?v=hDpmmGDdE_Q

À l’habillage, il peut se déshabiller seul, sauf pour les attaches et certains vêtements serrés. Il peut s’habiller en partie seul, mais de la supervision demeure nécessaire.

Au niveau des soins personnels, l’enfant se lave partiellement avec supervision. Il en est de même pour se brosser les dents. Il pourra également commencer à essayer de se moucher, mais de l’aide de l’adulte est nécessaire.

Vers 4 ans

L’enfant peut désormais manger tout son repas seul et couper certains aliments peu résistants avec sa fourchette.

À l’habillage, il peut également se déshabiller et s’habiller essentiellement seul, bien qu’il puisse nécessiter de l’aide pour les attaches et pour certains vêtements serrés. Il peut néanmoins attacher et détacher des boutons de grosseur moyenne sur le devant ou attacher une fermeture éclair (avec difficultés). Pour se pratiquer à attacher/détacher différents types d’attaches (boutons, fermeture éclair, velcro, lacets, etc.), pourquoi ne pas jouer à habiller un toutou ou une poupée ? Cet entraînement permettra de se familiariser à cette nouvelle manipulation sans que 15 minutes supplémentaires soient nécessaires pour s’habiller le matin.

Vers 5 ans

L’utilisation du couteau de table s’acquit graduellement, que ce soit pour tartiner son pain ou couper des aliments peu résistants (mouvement de pression plutôt que de cisaillement). À l’habillage, les habiletés se raffinent et il peut désormais utiliser des petits boutons sur le devant. Aux soins personnels, il peut désormais se laver seul et s’assècher en partie. Il peut également se moucher seul.

Si vous avez des doutes ou des interrogations sur le développement de l’autonomie de votre enfant, une consultation en ergothérapie pédiatrique pourrait permettre de vous orienter plus précisément sur les composantes à travailler avec lui. Toutefois, n’oubliez pas que ces acquis représentent des apprentissages et que, pour gagner l’autonomie, l’enfant devra être exposé fréquemment aux tâches et se pratiquer.

Jessie Tanguay, ergothérapeute Axo Physio St-Émile et Montagne-des-Roches

Références

  • Case-Smith, J. & O’Brian, J. (Eds.). (2010). Occupational Therapy for Children (6th ed.). Maryland Heights : Mosby Elsevier. 857 p.
  • Talbot, G. (1977). Batterie d’évaluation Talbot. Montréal : Hôpital Ste-Justine, Service d’ergothérapie.

Articles connexes

Enfants 0-2 ans : quels jouets choisir pour stimuler le développement moteur fin ?

OhOhOh ! Le magasinage des cadeaux de Noël approche à grands pas. Ce sera bientôt le moment d’entrer dans le rayon des jouets d’un magasin à […]

Lire la suite
RetardDeveloppement_moteur_ergotherapie_Quebec-300x211

Le retard de développement moteur chez l’enfant

Le retard de développement est le terme utilisé pour nommer la situation de l’enfant ayant des incapacités touchant sa motricité. Il touche 5 à 10 % des enfants et […]

Lire la suite

N’hésitez pas à nous laisser un commentaire à propos de cet article! Nous sommes toujours intéressés par votre opinion!