Plusieurs d’entre vous sont sans doute déjà conscients que les personnes vivant avec des douleurs persistantes sont plus à risque de limiter leurs contacts sociaux et de s’isoler. L’Association québécoise de la douleur chronique (AQDC), par exemple, a d’ailleurs pour mission d’aider les personnes vivant avec de la douleur persistante à réduire l’isolement.

Mais aujourd’hui, mon titre est tout autre. Je ne désire pas aborder avec vous les raisons pour lesquelles la douleur peut entraîner un isolement social, mais plutôt de quelle façon l’isolement social influence la douleur physique. Ce lien vous surprend-t-il ? Pourtant, l’absence de soutien social et l’isolement sont reconnues comme des facteurs de risque à la chronicisation de la douleur.

Le 1er décembre 2020, Caroline Plante publiait dans le journal Le Devoir un article ayant pour titre : « Les physiothérapeutes constatent une augmentation des problèmes de santé mentale » (pour lire l’article complet :

https://www.ledevoir.com/societe/sante/590739/les-physiotherapeutes-constatent-une-augmentation-des-problemes-en-sante-mentale).

Déjà, le lien entre isolement social et détresse psychologique nous surprend moins, alors que les contacts sociaux sont généralement une partie intégrante de notre vie et que de perdre ce morceau amène une déstabilisation de nos routines et habitudes. Il est d’ailleurs démontré que, chez les personnes vivant avec un trouble dépressif ou un trouble anxieux, le support social a un « effet tampon » afin d’atténuer les impacts négatifs reliés à la détresse psychologique.

De cette même façon, on peut croire que les relations sociales peuvent avoir un effet similaire sur la douleur, alors que celle-ci est grandement influencée par les éléments affectifs qui y sont reliés. De plus, les relations avec les personnes qui nous sont chères nous offrent une « distraction » afin de porter attention à autre chose que la douleur physique vécue, en plus de permettre un support émotionnel.

Du point de vue neurophysiologique, que se passe-t-il ?

Les relations harmonieuses de notre quotidien, les interactions avec autrui et les moments que l’on partage avec les gens qu’on aime ont pour effet de libérer différents modulateurs, dont entre autres l’ocytocine et les endorphines. L’ocytocine contribue notamment à réduire le niveau d’anxiété, à favoriser la confiance et à moduler nos émotions. C’est dans ce contexte que l’ocytocine joue un rôle dans la modulation de la douleur, autrement dit, dans le niveau de douleur ressenti.

Par ailleurs, lorsque nous vivons du plaisir avec des gens importants pour nous, que nous rions, notre nerf vague se voit stimulé, provoquant une libération d’endorphines. L’endorphine est un puissant modulateur de la douleur, disposant de propriétés semblables à la morphine. Similairement à l’ocytocine, la libération de ces molécules dans le cerveau a pour effet d’inhiber les « signaux de douleurs transmis » et, par le fait même, diminuer l’intensité des douleurs vécues.

Au regard de cela, je vous dirais donc : ne restez pas seul devant cette augmentation possible de votre douleur pendant cette période d’isolement social. Si la situation devient difficile pour vous, il est évidemment recommandé d’aller chercher de l’aide auprès de psychologues, ergothérapeutes, travailleurs sociaux ou autres professionnels.  Or, les demandes sont grandes dans le contexte actuel et les délais pour une prise en charge sont parfois importants.

Voici donc 3 suggestions que vous pourriez intégrer à domicile afin de tenter de combler ce manque dans votre vie actuelle ;

  • 1- Opter pour des contacts sociaux virtuels, par vidéo

Je sais, « ce n’est pas pareil ». Par contre, cette stratégie peut tout de même permettre un soutien social, bien que différent. Lors de ces discussions, tentez de vous rappeler de beaux souvenirs, de rire et de partager les beaux moments de vos vies respectives.

  • 2- Se recentrer sur nos besoins

Outre le plaisir d’être avec autrui, les contacts sociaux nous permettent de répondre à certains besoins. Pour certaines personnes, les rencontres sociales étaient l’occasion de recevoir à souper, d’offrir un bon repas à nos proches. Le tout pouvait procurer le sentiment de faire du bien aux autres, de partager. Questionnez-vous à savoir comment vous pourriez réaliser le tout différemment. Pourquoi ne pas aller leur porter une bonne soupe sur leur perron ? Si vos familles ou amis résident près de chez vous, il peut être assez simple de se « recevoir » à souper à tour de rôle. Chacun son tour, il peut être possible de livrer des portions de repas sur le perron et partager le repas en appel vidéo, par exemple.

  • 3- Élargir son répertoire occupationnel

D’autres activités que les relations sociales peuvent nous permettre de vivre du plaisir et de rire. Elles ne sont peut-être pas habituelles pour vous, mais je vous invite à en découvrir de nouvelles, à identifier de nouvelles activités qui font du sens pour vous. Les projets sont infinis ! Recenser les recettes familiales dans un beau cahier, pouvant permettre de se remémorer de doux souvenirs des moments où ces recettes ont été partagées, faire l’écriture de son histoire de vie pour la remettre à ses petits-enfants par la suite, tricoter des pieuvres pour l’Unité néonatale du CHUL, etc. Cette période de confinement est également le moment idéal pour essayer de nouvelles activités de loisirs : essayer de nouveaux sports, tenter de nouvelles techniques artistiques, apprendre un instrument de musique, etc.

D’ailleurs, plusieurs entreprises d’ici ont adapté leur offre de services afin de donner des cours en ligne. Je vous invite à laisser aller votre créativité.

Jessie Tanguay, ergothérapeute Axo Physio Montagne-des-Roches et St-Émile.

Références

  • Gilbert, R. (2014). Laughter therapy : promoting health and wellbeing. Nursing & Residential Care, 16(7), 392-395. DOI : 10.12968/nrec.2014.16.7.392 
  • Karos, K. et coll. (2020). The social threats of COVID-19 for people with chronic pain. Pain (03043959), 161(10), 2229-2235. DOI : 10.1097/j.pain.0000000000002004 
  • Keefe, FJ (1996). Cognitive behavioral therapy for managing pain. The Clinical Psychologist, 49, 4-5
  • Jaremka, L. et coll. (2014). Pain, depression and fatigue : Loneliness as a longitudinal risk factor. Health Psychology, 33(9), 948-957. DOI : 10.1037/a0034012 
  • Wang X, Cai L, Qian J, Peng J. (2014). Social support moderates stress effects on depression. International Journal of Mental Health Systems. 8(4):1–5

Articles connexes

Le stress face au COVID-19 : symptômes, conseils et outils intéressants!

Depuis le début de la période d’isolement, je me suis beaucoup intéressée à l’état de stress que peut nous causer ce phénomène mondial qu’est la […]

Lire la suite
ergotherapie-en-sante-mentale-c-est-pour-qui-300x200

L’ergothérapie en santé mentale: c’est pour qui?

Qu’est-ce que l’ergothérapie en santé mentale? «Les personnes qui souffrent de dépression, d’anxiété, de troubles obsessifs-compulsifs, de phobies, de même que les personnes qui vivent […]

Lire la suite

N’hésitez pas à nous laisser un commentaire à propos de cet article! Nous sommes toujours intéressés par votre opinion!